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23/09/2011

Walter Benjamin

"La couleur est quelque chose de spirituel, quelque chose dont la clarté est spirituelle, où la matière à nuance et non flou. L'arc-en-ciel, voilà une pure image enfantine.En lui, la couleur est à elle seule tout le contour, pour l'être enfantin marquage de frontière et non, comme pour l'adulte, un recouvrement de la substance par couches. L'adulte fait abstraction de la couleur, voilement trompeur de choses isolées individuellement dans l'espace est le temps."

 "La couleur vue à partir de l'enfant" in Enfance, Rivages poche, Paris, 2011, p.39

09/04/2011


N'oublier pas Foucault!

à ceux qui ont assisté à la dernière séance du séminaire avec Jacques Donzelot :

L'ambiance conviviale du débat  que nous avons partagé ensemble à propos de Foucault a donné envie de prolonger le séminaire. Les temps actuels nous mènent à réfléchir sur le contrôle social , la surveillance des familles , et la place de la psychanalyse en institution. Lisons  Foucault!!
c'est une manière de ne pas l'oublier.
Entrée gratuite et ouverte à tout le monde.


Le Centre d'étude du Vivant a le plaisir de vous annoncer la séance supplémentaire
du séminaire "Foucault pour la psychanalyse ?" 

 le jeudi 26 mai 2011 de 12h00 à 14h00 

dans la salle 234C (2ème étage) de la Halle aux Farines
 Esplanade Pierre Vidal-Naquet - Paris 13° - M° Bibliothèque François Mitterrand.
Le contenu de la séance vous sera communiqué ultérieurement.

www.centredetudesduvivant.fr 

18/03/2011

Séminaire Michel Foucault

LE SÉMINAIRE FOUCAULT
                                                       animé par Monique David-Ménard
                                                   
                        reçoit le jeudi 24 mars de 12h à 14h  en salle 238C de la Halle aux farines (2ème étage)



                                                                JACQUES DONZELOT  

                        L'ITINÉRAIRE D'UN SOCIOLOGUE AVEC ET DEPUIS FOUCAULT ET DELEUZE



La Police des familles, Seuil 1977
L'invention du social: essai sur le déclin des passions politiques Fayard 1984, Points Seuil 1994
Faire Société, (avec Catherine Mevel et Aline Wyvekens), Seuil 2005
La Ville à trois vitesses, Editions de la Villette 2009;
                                Renseignements : www.centredetudesduvivant.net
.

06/06/2010

Penser après Derrida

Le Magazine littéraire du mois de juin fait hommage à Derrida. Le dossier est coordonné par Laurent Nunez et y participent plusieurs auteurs. Le « D. J. au téléphone » par Hélène Cixous est très émotif, très sensible elle ne cesse de lui « téléphoner », elle parle avec le spectre, figure chère (chair) de Derrida quand il aimait rester connecté avec les esprits  de la pensée :
« Le jour où il aura prédit :deux mois après ma mort il ne restera plus rien, je le contredis, je ne crois pas. Tu verras dit-il. Toujours ses phrases vibrantes d’équivoque. Toi aussi, dis-je. Il en remet en août pour Le Monde. Cette fois ce n’est plus deux mois mais quinze jours. Eh bien, il a encore eu raison,   me dis-je en 2005. Je lui téléphone : tu avais raison comme d’habitude. Aujourd’hui il y a une prime aux supposés « vivants » qui triomphent, médiatiquement, des « morts ».

L’oubli, le python de Proust, dévore le feu (celui qui fit) à une allure technomythologique. On ne donne pas cher des spectres. Pas chair ? dit-il. Il y a un tel refus de la hantise, un tel déni de l’héritage. On oppose banalement la vie et la mort, dis-je.Si tu voyais ! dis-je ( sachant qu’il voit autrement).On a rétabli, à peine as-tu tourné le dos, ce qu’on appelle « la peine de mort » : la grande machine à oppositions-exclusions. »




                                                                        

19/05/2010

Portraits y videos: link interesante Alain Touraine

 La Université Paris 7 presenta algunos nombres del mundo Universitario, Alain Touraine, Dominique Lecourt, Julia kristeva y otros, se pueden ver los videos siguiendo el link siguiente:

Université Paris Diderot et le studio vidéo de l’université présentent quelques grands noms du monde universitaire sous forme de portait.
Découvrez celui d’Alain Touraine, sociologue français, dans le cadre des projections de Portraits sensibles <http://www.univ-paris-diderot.fr/sc/site.php?bc=portraits&amp;np=PORTRAITS&amp;g=m> .

Portraits et vidéos, link intéressant

En allant sur ce link, on peut regarder et écouter quelques conférences, exemple: Kristeva, Lecourt, Touraine.
 http://www.univ-paris-diderot.fr/sc/site.php?bc=portraits&amp;np=5&amp;g=m


Université Paris Diderot et le studio vidéo de l’université présentent quelques grands noms du monde universitaire sous forme de portrait.
Découvrez celui d’Alain Touraine, sociologue français, dans le cadre des projections de Portraits sensibles .
Jeudi 27 mai 2010 à 18 heures : Alain Touraine, la diagonale du sujet.

07/05/2010

F comme Foucault- F como Foucault( mot du week-end)


F comme Foucault (Michel)

«  Ville pestiférée, établissement panoptique, les différences sont importantes. Elles marquent,à un siècle et demi les transformations du programme disciplinaire. Dans un cas, une situation d’exception : contre un mal extraordinaire le pouvoir se dresse ;il se rend  partout présent et visible ;il invente des rouages nouveaux ;il cloisonne, il immobilise,il quadrille ; il construit pour un temps c’est qui est la contre-cité et la société parfaite ; il impose un fonctionnement idéal, mais qui se ramène en fin de compte,comme le mal qu’il combat , au dualisme simple vie-mort : ce qui bouge porte la mort, et on tue ce qui bouge. Le Panopticon au contraire doit être compris comme un modèle généralisable de fonctionnement ;une manière de définir les rapports de pouvoir avec la vie quotidienne des hommes » in Surveiller et punir, Gallimard, Paris, 1975, p.239

Si jamais vous voulez consulter les archives, aller au link suivant:
« Ce portail ( Michel Foucault) propose un ensemble d’outils pour faciliter et accompagner la découverte et la lecture de ses travaux. Il ne vise pas à imposer une lecture mais il s’efforce de proposer des ressources utiles à la communauté des lecteurs et usagers. A chacun de le faire vivre. »

« Ciudad apestada, establecimiento panóptico, las diferencias son importantes. Marcan, en un siglo y medio, las transformaciones del programa disciplinario. En un caso, una situación de excepción: el poder se levanta contra un mal extraordinario; se hace visible y presente por todas partes; inventa engranajes nuevos; tabica, inmoviliza, controla totalmente; construye durante un tiempo la contra-ciudad y la sociedad perfecta; impone un funcionamiento ideal, pero que se reduce en resumidas cuentas al mal que combate, al dualismo simple vida-muerte: lo que se mueve conduce a la muerte, y  lo que se mueve se mata. El Panoptico en cambio debe  comprenderse como un modelo general  de funcionamiento, una manera de definir las relaciones de poder con la vida cotidiana de los hombres »
 
Para consultar los archivos se puede ir al link siguiente:
"El portal (Michel Foucault) propone un conjunto de instrumentos para facilitar y acompañar el descubrimiento  y la lectura de sus trabajos.No tiene el objetivo de imponer una lectura sino esforzarse para proponer los recursos utiles a la comunidad des lec tores y usarios. A cada uno corresponde hacerlo vivir »


04/05/2010

Des philosophes répondent à Onfray:Balibar, Badiou, Nancy et Deguy

Attaques sur Freud ou la philosophie au bulldozer

Par ETIENNE BALIBAR, ALAIN BADIOU, MICHEL DEGUY, JEAN-LUC NANCY (publié dans Libération le 3 mai 2010)
    Ce qui nous gêne dans le récent assaut mené contre Freud n’est pas qu’on nous propose critique et discussion, tant historique que théorique. C’est plutôt qu’en vérité la charge massive et qui se veut accablante fait disparaître son objet même. «Freud», ce n’est ni simplement une vie, ni simplement une doctrine, ni simplement une éventuelle secrète contradiction des deux. Freud, c’est un travail de pensée, c’est un effort - particulièrement complexe, difficile, jamais assuré de ses résultats (moins sans doute que la grande majorité des penseurs, théoriciens, philosophes, comme on voudra les nommer) - et c’est un effort tel qu’il n’a pas cessé d’ouvrir, au-delà de Freud lui-même, un foisonnement de recherches dont les motifs ont été de très diverses manières de demander : «Au fond, de quoi s’agit-il ? Comment peut-on travailler plus avant cette immense friche ?»
    Nous n’entrons pas ici dans le débat technique, historique, épistémologique. D’autres sont mieux qualifiés pour le faire. Ce que nous voulons dire est plus large. En effet, il en va de même pour Freud que pour Kant au gré de M.Onfray qui croit avoir hérité du marteau de Nietzsche (auquel d’ailleurs, heureusement, Nietzsche ne se réduit pas). On prélève, figé, ce qui sert la thèse et on ignore avec superbe tout ce qui chez l’auteur et après lui a déplacé, compliqué voire transformé la donne. Mais en vérité, c’est la philosophie tout entière qui est soumise à ce traitement. Faisant jouer un ressort bien connu, on dénonce la domination des «grands» et l’abaissement où ils ont tenu les «petits», vifs et joyeux trublions de l’austère célébration de l’«être», de la «vérité» et de toutes autres machines à brimer les corps et à favoriser les passions tristes. On sera donc hédoniste (un «isme» de plus, c’est peu prudent, mais on n’y prend pas garde) et on secouera d’un rire dionysiaque la raide ordonnance apollinienne de ce qui se donne comme «la» philosophie. Nietzsche, pourtant, est bien loin de seulement opposer Dionysos et Apollon : mais ici comme ailleurs, on ne va pas se compliquer les choses, il faut seulement frapper.
    On ne veut rien savoir de ceci, que les philosophes n’ont jamais cessé d’interroger, de mettre en question, de déconstruire ou de remettre en jeu «la» philosophie elle-même. En vérité, la philosophie, loin d’être succession de quelques «vues» ou «systèmes», est toujours d’abord relance - et relance sans garantie - d’un questionnement sur elle-même. Cela s’atteste avec chaque «grande» pensée. C’est pourquoi il n’est jamais simplement possible de déclarer qu’on tient la vraie, la bonne «philosophie».
    Encore moins est-il possible de réduire une œuvre de pensée à néant lorsqu’elle a fait ses preuves de fécondité - bien entendu, avec toutes les difficultés, incertitudes, apories ou défaillances que cette même fécondité fera déceler. Mais notre déglingueur n’en a cure : ce qui lui importe, c’est de dénoncer, de déboulonner et de danser gaiement sur les statues qu’il suppose effondrées. Comme il se doit, cela fait du bruit, cela attire les chalands et avec eux ce qu’on appelle les médias ravis de trouver du scandale aussi dans les imposantes demeures de la «pure pensée».
    Comme il est entendu que le mal est désormais toujours plus ou moins fasciste (ou «totalitaire») c’est de fascisme qu’on accusera le penseur, lorsqu’on trouve un biais opportun pour le faire. Mais là aussi, le ressort est bien connu : on sait d’avance qu’on ne pourra mieux démolir un auteur, récent ou ancien, qu’en le traitant de fasciste. Le procédé a lui-même quelque chose de - ne disons pas «fasciste» mais au moins doctrinaire, réducteur et oppresseur. Car on n’est pas au large, dans cet espace réputé libertaire : le garde-chiourme et l’anathème y sont postés partout.
    Voilà pourquoi nous disons qu’il n’y a pas eu discussion ni critique de Freud, pas plus que de Kant ni de bien d’autres ni pour finir de la philosophie. Il y a un phénomène, un prurit idéologique dont on pourrait d’ailleurs retracer les provenances. Ce n’est même pas que tout soit simplement faux ou condamnable : nous ne parlons d’aucun de ces points de vue. Nous disons seulement qu’on se moque des gens et qu’il est temps de le dire.
    La philosophie connaît aujourd’hui une vogue qui favorise ses images publiques, voire publicitaires, ses publications alléchantes, l’idée de quelques recettes possibles de «sagesse». Il faut d’autant plus se méfier de ce que toutes les vogues libèrent : complaisance, ambiance de foire, grandes gueules. On nous répondra sans doute que nous ne représentons qu’une mince élite nantie, confite dans l’Université, dans la belle âme et le discours savant. Toujours les petits contre les grands et certaine idée du «peuple» (joyeux) contre les (tristes) «doctes». Non, nous ne sommes ni plus tristes ni plus doctes que le docteur démolisseur. Nous pensons que l’esprit public mérite mieux que d’être assourdi par le fracas de ses bulldozers et qu’il faut lui permettre de retrouver le sens de l’audition.

    12/04/2010

    Pourquoi j'aime lire Jacques Derrida?



    J'ai commencé à lire Jacques Derrida en Argentine, en Philo juste au moment de la transition démocratique. Son livre "De la grammatologie" faisait partie de textes à travailler dans une matière qui s'appelait et s'appelle encore "Théorie de la Lecture". A Paris, J'ai suivi ses séminaires à l'école des Hautes Etudes en Sciences Sociales, mercredi à 17hs, au Boulevard Raspail.Ce fragment du film  en Algérie est intéressant parce qu'il parle du "Moi", nous ne rencontrons jamais un "Moi", dit-il et il met en question le concept d'identité. L'identité, plutôt que la chercher en permanence du côté du "Moi"comme un trésor perdu, "on la perd". C'est la tâche la plus difficile d'une existence, mais cela  nous permet de rencontrer les autres.

    español:
    Comencé a leer a Jacques Derrida en Argentina, en Philo justo en el momento de la transición democrática. Su libro " De la gramatologia" formaba parte de textos que habia que trabajar en una materia que se llamaba y todavía se llama " Teoría de la Lectura ". En París, seguí sus seminarios en la escuela de los Altos Estudios en Ciencias sociales, el miércoles a las 17hs, en el Bulevard Raspail. Este fragmento de la película es interesante porque habla del Yo(moi), jamás encontramos un Yo(moi) dice y pone en tela de juicio el concepto de identidad. La identidad, más bien que buscarla sin interrupción como un tesoro perdido, " la perdemos ". Es esto lo más difícil de una existencia, pero ésto nos permite encontrar a los otros.








    31/03/2010

    Michel FOUCAULT-Alain BADIOU



    Cet entretien est trouvable dans son intégralité dans Dit et Ecrits I, (1519-1975), Gallimard, 2001, P.466-476.

    Michel FOUCAULT-Alain BADIOU

    Voici un entretien de Foucault avec Badiou en 65, très jeunes n'est-ce pas?
    Foucault essaie de définir les accords et les différences entre la philosophie
    et la psychologie.Il ne s'agit pas de la psychanalyse mais de la psychologie
    ou en tout cas, il n'est pas clair dans le texte de "Dits et écrits"1,(1954-1975)
    où nous pouvons lire tout l'entretien, il évoque aussi 
    l' anthropologie: cette structure philosophique du XIX ème qui fait que 
    maintenant les problèmes de la philosophie sont tous logés à l'intérieur
    de ce domaine que l'on peut appeler la finitude humaine.
    (Aqui una entrevista de Foucault con Badiou en el 65, muy jovenes los dos,
    no les parece?
    Foucault intenta definir los acuerdos y las diferencias entre filosofia y psicologia.
    Se puede ver que la diferencia entre psicologia y psicoanalisis no esta muy
    clara en el texto en su integralidad en "Dits et écrits"1, (1954-1965).
    Evoca ademas la antropologia: estructura filosofica del siglo XIX que
    hace que actualmente los problemas filosoficos estén alojados en el
    dominio de la finitud humana.)
     "A partir de Kant se fait le renversement, c'est-à-dire que ce n'est pas
    à partir de l'infini ou de la vérité que l'on va poser le problème de
    l'homme comme une sorte de problème d'ombre portée; depuis
    Kant, l'infini n'est plus donné, il n'y a plus que la finitude, et c'est en ce
    sens que le critique kantienne portait avec soi la possibilité 
    -ou le péril- d'une anthropologie."
    Michel Foucault



    02/03/2010

    Simone de Beauvoir et la psychanalyse

    Un Colloque se tiendra à Paris le vendredi 19 et le samedi 20 mars 2010 organisé par Julia Kristeva et Danièle Brun sur " Simone de Beauvoir et la psychanalyse", ça a l'air intéressant, voici le Link, cliquer  sur l'image pour connaître le programme et les modalités d'inscription.



    Un Coloquio se llevara a cabo en Paris el Viernes 19 y el Sabado 20 de marzo organizado por Julia Kristeva et Danièle Brun sur "Simone de Beauvoir et la psychanalyse", parece interesante, voici le link para ver el programa y el modo de inscripcion.

    24/02/2010

    Utopie, Utopia


    Alain Badiou toujours polémique...

    Point de vue

    Le courage du présent, par Alain Badiou

    Le temps présent, dans un pays comme le nôtre, depuis presque trente ans, est un temps désorienté. Je veux dire : un temps qui ne propose à sa propre jeunesse, et singulièrement à la jeunesse populaire, aucun principe d'orientation de l'existence.

    En quoi la désorientation consiste-t-elle précisément ? Une de ses opérations importantes consiste en tout cas à rendre illisible la séquence antérieure, la séquence qui, quant à elle, était bel et bien orientée. Cette opération est caractéristique de toutes les périodes réactives, contre-révolutionnaires, comme celle que nous vivons depuis la fin des années 1970.

    On peut par exemple noter que le propre de la réaction thermidorienne, après le complot du 9 Thermidor et l'exécution sans jugement des grands Jacobins, avait été de rendre la séquence robespierriste antérieure illisible : la réduction de celle-ci à la pathologie de quelques criminels buveurs de sang en interdisait toute compréhension politique. Cette vision des choses a perduré pendant des décennies, et elle visait à désorienter durablement le peuple, qu'on tenait, qu'on tient toujours, pour virtuellement révolutionnaire.

    Rendre une période illisible, c'est autre chose, c'est beaucoup plus que de simplement la condamner. Car un des effets de l'illisibilité est de s'interdire de trouver dans la période en question les principes mêmes aptes à remédier à ses impasses. Si la période est déclarée pathologique, il n'y a rien à en tirer pour l'orientation elle-même, et la conclusion, dont nous constatons chaque jour les effets délétères, est qu'il faut se résigner, comme à un moindre mal, à la désorientation.

    Posons par conséquent, concernant une séquence antérieure et visiblement close de la politique d'émancipation, qu'elle doit pour nous rester lisible, et ce indépendamment du jugement final que l'on porte sur elle.

    Dans le débat concernant la rationalité de la Révolution française, sous la IIIe République, Clemenceau a produit une formule célèbre : "La Révolution française forme un bloc." Cette formule est remarquable en ce qu'elle déclare la lisibilité intégrale du processus, quelles qu'aient été les péripéties tragiques de son développement.

    Aujourd'hui, il est clair que c'est à propos du communisme que le discours ambiant transforme la séquence antérieure en pathologie opaque. Je m'autorise donc à dire que la séquence communiste, incluant toutes les nuances, du pouvoir comme de l'opposition, qui se réclamaient de la même idée, forme elle aussi un bloc.

    Quel peuvent être alors aujourd'hui le principe et le nom d'une orientation véritable ? Je propose en tout cas de l'appeler, par fidélité à l'histoire des politiques d'émancipation, l'hypothèse communiste.

    Notons au passage que nos critiques prétendent jeter aux orties le mot "communisme" sous prétexte qu'une expérience de communisme d'Etat, qui a duré soixante-dix ans, a tragiquement échoué. Quelle plaisanterie ! Quand il s'agit de renverser la domination des riches et l'hérédité de la puissance, qui durent depuis des millénaires, on vient nous objecter soixante-dix ans de tâtonnements, de violences et d'impasses ! En vérité, l'idée communiste n'a parcouru qu'une portion infime du temps de sa vérification, de son effectuation.

    Qu'est-ce que cette hypothèse ? Elle tient en trois axiomes.

    D'abord, l'idée égalitaire. L'idée pessimiste commune, qui domine à nouveau ces temps-ci, est que la nature humaine est vouée à l'inégalité, qu'il est d'ailleurs dommage qu'il en soit ainsi, mais qu'après avoir versé quelques larmes à ce propos, il est essentiel de s'en convaincre et de l'accepter. A cela, l'idée communiste répond non pas exactement par la proposition de l'égalité comme programme - réalisons l'égalité foncière immanente à la nature humaine -, mais en déclarant que le principe égalitaire permet de distinguer, dans toute action collective, ce qui est homogène à l'hypothèse communiste, et donc a une réelle valeur, et ce qui la contredit, et donc nous ramène à une vision animale de l'humanité.

    Vient ensuite la conviction que l'existence d'un Etat coercitif séparé n'est pas nécessaire. C'est la thèse, commune aux anarchistes et aux communistes, du dépérissement de l'Etat. Il y a eu des sociétés sans Etat, et il est rationnel de postuler qu'il peut y en avoir d'autres. Mais surtout, on peut organiser l'action politique populaire sans qu'elle soit soumise à l'idée du pouvoir, de la représentation dans l'Etat, des élections, etc.

    La contrainte libératrice de l'action organisée peut s'exercer de l'extérieur de l'Etat. Nous en avons de nombreux exemples, y compris récents : la puissance inattendue du mouvement de décembre 1995 a retardé de plusieurs années les mesures antipopulaires concernant les retraites. L'action militante avec les ouvriers sans papiers n'a pas empêché nombre de lois scélérates, mais a permis qu'ils soient largement reconnus comme une composante de notre vie collective et politique.

    Dernier axiome : l'organisation du travail n'implique pas sa division, la spécialisation des tâches, et en particulier la différenciation oppressive entre travail intellectuel et travail manuel. On doit viser, et on le peut, une essentielle polymorphie du travail humain. C'est la base matérielle de la disparition des classes et des hiérarchies sociales.

    Ces trois principes ne constituent pas un programme, mais des maximes d'orientation, que n'importe qui peut investir comme opérateur pour évaluer ce qu'il dit et fait, personnellement ou collectivement, dans sa relation à l'hypothèse communiste.

    L'hypothèse communiste a connu deux grandes étapes, et je propose de dire que nous entrons dans une troisième phase de son existence.

    L'hypothèse communiste s'installe à vaste échelle entre les révolutions de 1848 et la Commune de Paris (1871). Les thèmes dominants sont ceux du mouvement ouvrier et de l'insurrection. Puis il y a un long intervalle, de près de quarante années (entre 1871 et 1905), qui correspond à l'apogée de l'impérialisme européen et à la mise en coupe réglée de nombreuses régions du globe. La séquence qui va de 1905 à 1976 (Révolution culturelle en Chine) est la deuxième séquence d'effectuation de l'hypothèse communiste.


    Son thème dominant est le thème du parti avec son slogan majeur (et indiscutable) : la discipline est la seule arme de ceux qui n'ont rien. De 1976 à aujourd'hui, prend place une deuxième période de stabilisation réactive, période dans laquelle nous sommes encore, et au cours de laquelle on a notamment vu l'effondrement des dictatures socialistes à parti unique créées dans la deuxième séquence.

    Ma conviction est qu'inéluctablement une troisième séquence historique de l'hypothèse communiste va s'ouvrir, différente des deux précédentes, mais paradoxalement plus proche de la première que de la seconde. Cette séquence aura en effet en commun avec la séquence qui a prévalu au XIXe siècle d'avoir pour enjeu l'existence même de l'hypothèse communiste, aujourd'hui massivement déniée. On peut définir ce qu'avec d'autres je tente de faire comme des travaux préliminaires pour la réinstallation de l'hypothèse et le déploiement de sa troisième époque.

    Nous avons besoin, dans ce tout début de la troisième séquence d'existence de l'hypothèse communiste, d'une morale provisoire pour temps désorienté. Il s'agit de tenir minimalement une figure subjective consistante, sans avoir pour cela l'appui de l'hypothèse communiste qui n'est pas encore réinstallée à grande échelle. Il importe de trouver un point réel sur lequel tenir coûte que coûte, un point "impossible", ininscriptible dans la loi de la situation. Il faut tenir un point réel de ce type et en organiser les conséquences.

    Le témoin-clé de ce que nos sociétés sont évidemment in-humaines est aujourd'hui le prolétaire étranger sans papiers : il est la marque, immanente à notre situation, de ceci qu'il n'y a qu'un seul monde. Traiter le prolétaire étranger comme venant d'un autre monde, voilà la tâche spécifique dévolue au "ministère de l'identité nationale", qui dispose de sa propre force de police (la "police aux frontières"). Affirmer, contre un tel dispositif de l'Etat, que n'importe quel ouvrier sans papiers est du même monde que soi, et en tirer les conséquences pratiques, égalitaires et militantes, voilà un exemple type de morale provisoire, une orientation locale homogène à l'hypothèse communiste, dans la désorientation globale à laquelle seule sa réinstallation pourra parer.

    La vertu principale dont nous avons besoin est le courage. Cela n'est pas universellement le cas : dans d'autres circonstances, d'autres vertus peuvent être requises de façon prioritaire. Ainsi à l'époque de la guerre révolutionnaire en Chine, c'est la patience qui a été promue par Mao comme vertu cardinale. Mais aujourd'hui, c'est incontestablement le courage. Le courage est la vertu qui se manifeste, sans égard pour les lois du monde, par l'endurance de l'impossible. Il s'agit de tenir le point impossible sans avoir à rendre compte de l'ensemble de la situation : le courage, en tant qu'il s'agit de traiter le point comme tel, est une vertu locale. Il relève d'une morale du lieu, avec pour horizon la lente réinstallation de l'hypothèse communiste.

    Philosophe, dramaturge et écrivain

    Né en 1937, professeur de philosophie à l'Ecole normale supérieure, articule pensée formelle et récit littéraire, argumentation conceptuelle et intervention politique. Il a publié aux Nouvelles Editions Lignes "De quoi Sarkozy est-il le nom ?" (2007), "L'Hypothèse communiste" (2009) et a récemment dirigé, avec le philosophe Slavoj Zizek, "L'Idée du communisme" (348 p., 22 euros)


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